Krafft

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Maurice et Katia Krafft

Maurice Krafft (né le 25 mars 1946 à Mulhouse, mort accidentellement le 3 juin 1991 au Japon)
Katia Krafft (née Catherine Conrad, le 17 avril 1942 à Soultz-Haut-Rhin (Alsace), morte accidentellement le 3 juin 1991 au Japon)

Maurice Krafft est réellement né à l'âge de 10 ans, lors de l'été 56. Son père décida de l'emmener sur le Stromboli, en Italie, en éruption permanente depuis 2 000 ans, pour concrétiser sa passion. Maurice observe que " les explosions sont régulières et ont lieu toutes les 20 minutes ". Tout petit, il s'amusait à ramasser les cailloux et à les sucer, " non pas pour savoir le goût que ça a, mais plutôt pour savoir en quoi c'était ".

Katia Conrad est née, elle, à 18 ans. Toute sa famille part en vacances en Italie pour mettre en œuvre la passion qui naquit lorsqu'elle était adolescente : être volcanologue. Elle visitera tous les sites volcaniques (Pompéi, Herculanum, fumerolles au pied du Vésuve). Sa première éruption : explosions et coulées de lave sur l'Etna.

Cette histoire d'amour pour la Terre, commencée très tôt, les emmènera en 20 ans sur plus de 150 volcans en éruption. Plus que quiconque n'en a jamais vu et filmé, et plus que quiconque n'en verra sans doute jamais dans une seule vie. Partout où la Terre suinte, crache, tousse, salive, ils seront présents. Ils se rencontrent sur les bancs de l'université de Strasbourg, se marient, reçoivent un camion, quelques félicitations et allument une mèche dont ils ignorent la longueur.

Un jour de juin 1991, alors qu'ils se trouvaient au Japon, ce que les volcans leur ont donné - un bonheur ininterrompu et une mission, pour chaque instant du jour et chaque heure de la nuit - un volcan va le leur reprendre. Des nuées ardentes (voir : coulée pyroclastique) dévalant les pentes de l'Unzen recouvrent de cendres ces deux vies d'exception, et mettent fin brutalement à une soif d'exploration et d'images dont le premier message nous avait été renvoyé d'Islande, 18 ans auparavant, lors de l'éruption de l'Eldfell sur l'île de Heimaey.

Les photos et les images prises par Maurice et Katia feront le tour du monde. Cette célébrité soudaine les encouragera à poursuivre dans cette voie : devenir des volcanologues chasseurs d'images.

Leur plus longue mission d'étude durera 6 mois, qu'ils passèrent à faire le tour de tous les dangereux volcans explosifs d'Indonésie, à la demande du gouvernement et de l'UNESCO. Ils en profitent pour s'approcher des cratères. Cette fantastique connaissance du terrain, ils l'acquirent dès la fin de leurs études, le DEA de géologie pour Maurice et la maîtrise de géochimie pour Katia, ils partirent sur les volcans-écoles des îles Eoliennes, Stromboli et Vulcano. Ils vont apprendre à courir vers le danger pour éviter les bombes volcaniques, et à se méfier des costumes trop lourds qui empêchent de fuir. Maurice créera une équipe, l'équipe Vulcain, composée d'une poignée d'apprentis scientifiques, de porteurs et d'amateurs de volcans, équipe qui n'aura qu'un temps car, très vite, ils se retrouveront en tête-à-tête. Katia travaillera sur la logistique et, grâce à la bourse de la vocation, mettra au point le premier analyseur de gaz portatif, le chromographe. Elle déposera un sujet de thèse qu'elle ne finira pas. Maurice non plus ne choisira pas la voie classique de la recherche à l'Université. Toutes ces années d'étude n'auront pas entamé leur passion. Science encore jeune, la volcanologie apparaît dans les années 60 comme un espace de pionniers dans lequel les Krafft se sont engouffrés. Après l'éruption du Mont Saint-Helens (chaîne des Cascades, Etats-Unis) le 18 mai 1980, qui tua un de ses collègues américains, Maurice se spécialisera sur les volcans explosifs, dits " volcans gris ", qui sont aussi les plus dangereux.


Leurs expéditions sur les volcans de la planète seront financées par leurs films qu'ils montreront dans le monde entier. Maurice disait : " Je suis un volcanologue errant qui est obligé de filmer pour pouvoir errer ". Après tant d'années de passion passées sur toutes les éruptions des volcans de la Terre, ils ont constitué ce qui est sans doute la plus grande bibliothèque au monde consacrée aux volcans : 4 600 volumes écrits dans toutes les langues, des centaines de rouleaux des films de Maurice, des cartons entiers de photos et diapositives magnifiquement prises par Katia le plus souvent, des dizaines de tableaux de peinture et d'aquarelles sur le thème des volcans. Les " diables des volcans " comme les surnommaient leurs collègues américains sont également auteurs de nombreux livres vendus et reconnus dans le monde entier.

La dernière grande oeuvre de Maurice fut de réaliser un film sur les risques volcaniques après avoir été choqué par la catastrophe provoquée par le Nevado del Ruiz en Colombie qui ensevelit la ville d'Armero et ses 22 000 habitants le 13 novembre 1985. Il réunira des photos, images, sons et animations choc afin de sensibiliser les populations et les autorités sur les dangers que représentent certains volcans.

Le 3 juin 1991, sur les flancs de l'Unzen au Japon, ils verront une dernière fois le phénomène qui passionnait tant Maurice : les nuées ardentes. Ils n'avaient pas pu louer d'hélicoptère, tous étaient réquisitionnés par la presse. Ils n'avaient donc pas pu voir que la route sur laquelle ils se trouvaient ce jour-là à 15 h 58 se situait au beau milieu du passage de la coulée pyroclastique.

Une semaine plus tard, le Pinatubo (Philippines) entra en éruption. Une explosion, envoyant ses produits à 40 km de haut fit 300 morts. 300 000 personnes avaient accepté de partir après avoir visionné un film sur les risques volcaniques. Celui de Maurice Krafft.



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