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Philippe Taquet 1994 dans "L'empreinte des dinosaures: carnets de piste d'un chercheur d'os"
Situé entre Les Sables d'Olonne et Talmont St Hilaire, un peu au nord de la plage du Veillon, il faut comme pour les autres promenades géologiques en bord de côte, profiter d'une marée basse (de préférence gros coefficient) pour apprécier au mieux ce secteur. La flèche rouge indique la position du site.
Juste au-dessus des affleurements, vous avez la dune ! Zone fragile, à respecter ! Dans les dunes du Veillon et le bois qui la prolonge, quelques plantes rares dans le secteur : Cistus salviaefolius, Daphné lauréole, Daphné gnidium, etc..... De quoi faire le bonheur des botanistes. NB : La forêt de chênes verts du Veillon est une réserve naturelle du «Conservatoire du Littoral». N’y cueillez aucune plante. Dès qu'on quitte la plage du Veillon (attention aux amateurs de baignade : la zone est délicate : courants, bancs de sables) vers le Nord, le sable est jonché de galets et de plaques détachées par la mer des affleurements du secteur. On distingue deux types de "galets" : certains sont formés de Lias silicifié (ils proviennent en fait de la pointe du Payré qui se trouve au sud, juste de l'autre coté de l'estuaire) ; les autres sont plutôt "calcaires" et proviennent des roches que nous allons observer dans ce secteur du Veillon. Une observation fréquente sur la côte (observé aussi à Cayola, Pointe du Payré...) : les galets choqués. Ce sont des formations typiques en croissant observées sur les galets silicifiés. Elles sont dues aux chocs des galets les uns contre les autres lors des mouvements de la mer. Juste à la base de la dune, on observe les premières couches de l'affleurement. Sensiblement horizontales, elles sont constituées de calcaires dolomitiques. A noter que les roches du Veillon datent essentiellement de l'Hettangien comme les roches secondaires observées à la pointe du Payré, de l'autre coté de l'estuaire. D'après certains auteurs, quelques couches (les plus inférieures) du Rhétien seraient aussi présentes. La différence entre les affleurements du Veillon et ceux de la pointe du Payré réside dans le fait qu'à la pointe du Payré la presque totalité des couches est silicifiée, ce qui n'est pas le cas ici. Les différentes couches présentes sont ainsi nettement plus faciles à observer. Pour commencer à parler fossiles, dans certains niveaux des couches supérieures il y a abondance de petits coquillages (lumachelles). NB : Une lumachelle est une roche sédimentaire contenant un grand nombre d'organismes fossiles, en général des coquillages. La détermination des espèces contenues dans ces amas de coquilles n'est pas facile à cause de la calcification parfois totale et de l'usure due aux chocs des galets projetés par la mer. Il s'agit toutefois de Mollusques dont la majorité appartient aux Lamellibranches. Quelques individus assez grands (3 à 4 centimètres) : mais la plupart sont de petits individus (Un centimètre et demi environ) ressemblant à des Isocyprina : Parmi ces lamellibranches quelques rares gastéropodes : Et même quelques Brachiopodes (Térébratule) bien reconnaissable au foramen (petit trou qui permet le passage d'un pédoncule qui fixait l'animal au support) :
La plupart des fossiles sont cependant épigénisés en calcite, minéral fréquent ici. On rencontre d'ailleurs dans toutes ces couches des filons de calcite, des plaquages de calcite sur les plans de fractures des couches, des géodes de calcite.... Ces zones de calcite étant en contact avec la mer lors des marées hautes, elles subissent le martèlement de la mer et des galets ! Pas facile donc de trouver de belles cristallisations ! Cependant pour les amateurs de calcite, on peut quand même découvrir quelques cristaux sympas ! De haut en bas de l'affleurement (les couches inférieures se dévoilant seulement à marée basse) on rencontre :
Toutes ces couches (sauf le socle) datent de l'Hettangien. Comme nous le signalions plus haut, certains auteurs datent les couches sédimentaires les plus inférieures du Rhétien. Diverses observations permettent de connaitre l'environnement de l'époque. Nous avions ici un milieu lagunaire à faible profondeur d'eau (bordure d'estuaire par exemple). Sur les plaques calcaires (telles celles montrées sur la photo ci-dessous) diverses figures sédimentaires sont observables, confirmant l'alternance de périodes tidales et de phases d'émersion :
Périodes d'émersion
Sur les rivages de l'estuaire se développait une végétation témoin d'un climat relativement aride. Elle se compose exclusivement de Gymnospermes Coniférales. Les taxons recensés appartiennent à la famille disparue des Cheirolépidiacées. Cette famille étant connue depuis le Trias supérieur jusqu'au Crétacé supérieur, il est impossible d'utiliser ces restes végétaux pour dater précisément le gisement de Talmont-Saint-Hilaire.
Couche à ripple marks, cristaux de sel...
Cristaux de halite épigénisés en calcite. Collection ferme de l'Orme
parfois l'érosion dégage ces cubes plus ou moins ! Isolés, on voit bien la forme cubique, forme de la halite postérieurement remplacée par cette calcite. La structure en trémie de la halite est aussi très largement suggérée. Les cristaux de halite (plus d'un centimètre parfois) n'ont pu se former que dans une eau peu profonde où l'évaporation pouvait faire se concentrer et s'évaporer l'eau. Un des indices permettant de reconstituer le faciès de l'époque (lagune, estuaire..). La présence de ripple marks conforte cette idée. Pour la zone à empreintes de dinosaures, il faut se rendre sur le platier découvert aux grandes marées. C'est la zone centrale sur cette photographie :
Edmond Bocquier, archéologue, géologue botaniste, biologiste. Image Ouest-France.
Biographie d'Edmond Bocquier : http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Edmond-Bocquier-l-erudit-cache-_40890-1481799-------aud_actu.Htm En 1963, un estivant (ingénieur chimiste et naturaliste), Gilbert Bessonnat, redécouvre ces empreintes en effectuant des relevés géologiques de la falaise. Il comprit l'importance de sa découverte. Une équipe de l'Institut Géologique Albert de Lapparent de Paris explorera le site, en particulier lors des marées d'équinoxe de mars 1965 (Lapparent accompagné de Gilbert Bessonnat, Mireille Ters et de Christian Montenat) et de mars 1966. En se rendant vers le large, on descend donc dans les couches sédimentaires les plus anciennes. On va dépasser un banc de calcaires jaunes surmontant une belle couche d'argile vert-bleu facile à repérer ! Cette couche d'argile "verte" se rencontre d'ailleurs à différents endroits de la côte : La Mine et La Pointe du Payré par exemple. Cette couche d'argile est en général percée abondamment de trous de pholades. Un peu en dessous (un peu plus au large donc) on trouve la zone à empreintes ! Notons que l'observation est plus aisée en hiver car la présence d'algues est moindre. La roche (sorte de grès argilo quartzeux) se débite en plaques de quelques centimètres d'épaisseur. Les pas de dinosaures sont de taille centimétriques à décimétriques (jusqu'à 50cm) de longueur. Une dizaine de formes distinctes. Les traces seront différentes selon la position, la vitesse de déplacement de l'animal et la nature du sol. Des pistes de plusieurs mètres ont été relevées. "Aujourd'hui, il n'y a plus grand chose à voir sur la plage du Veillon : la mer et les hommes ont effacé toute trace de ces traces" Philippe Taquet 1994 dans "L'empreinte des dinosaures: carnets de piste d'un chercheur d'os" C'est pourquoi les photos présentées dans ce sujet sont anciennes. Les empreintes se sont faites à l'origine sur un fond mou (type vase dure) et la conservation de ces empreintes a été réalisée par un apport sur les empreintes d'un nouveau dépôt de sable fin et de vase qui a rempli les formes en creux. Cette couche gréseuse supérieure se détachant en plaques peut mettre à jour les pistes d'origine mais comme le substrat est plutôt tendre, ces traces ne résistent que peu de temps à l'action de la mer. En 1986-1987, une mission conjointe du Muséum d'histoire naturelle de Nantes et du musée océanographique d'Odet (Quimper) a réalisé une campagne d'étude et de prélèvement d'empreintes de dinosaures.
NB : On a aussi trouvé des traces de pattes de petits reptiles quadrupèdes
Sur la contre-empreinte présentée ici on voit bien qu'en fait l'animal a placé un pied dans l'empreinte d'un autre pied. Quelques autres représentations : On voit ici les contre-empreintes de trois espèces :Eubrontes veillonensis, Grallator variabilis (une enjambée) et une petite piste (trois couples pied-main) de Batrachopus gilberti.
Par contre, pour les amateurs de fossiles, pas grand chose à ce niveau : NB : Des empreintes de pas fossiles de reptiles de l'Hettangien du Veillon sont dispersées dans de nombreuses collections publiques et privées, principalement en France mais aussi à l'étranger. La liste, non exhaustive, peut être consultée sur le document suivant : http://www.naturalistes-vendeens.org/naturalistesvend/nv3-p101-103.pdf En remontant vers la falaise, petit arrêt au niveau d'un banc de calcaire jaune ! Aspect curieux de la surface de ce banc ! Cet aspect est du à l'action des galets de Lias silicifié qui, remués par la mer creusent progressivement la roche. Un petit coup d’œil sur la limite roche-dune pour montrer les effets de l'érosion : piétinement des promeneurs parfois mais ici, surtout l'action des éléments naturels (pluie et eaux de ruissellement, action du vent, action de la mer lors des tempêtes ou des fortes marées...) On voit bien d'ailleurs dans cette zone une couche d'argile qui s'est transformée en ondulations sous l'action de mouvements des terrains (sorte de solifluxion). Pour terminer cette promenade, rappelons que sur toute cette côte vendéenne (mais aussi en Charentes et en Loire-Atlantique), il était de tradition de construire avec les pierres de la côte des écluses à poissons. Abandonnées depuis pour la plupart, il est encore possible cependant en de nombreux endroits (dont ici au Veillon) de repérer ces murs de pierres qui à marée descendante, emprisonnait le poisson pour le forcer vers un passage où il était piégé. NB : A la Tranche sur Mer (Pointe du Groin), une écluse à poissons est en train d'être restaurée grâce à l'action de l'observatoire de l'Estran tranchais aidée de l'association d'insertion Service espace Vendée environnement (Seve). Pour être complet sur ce site, signalons que la préhistoire trouve également sa place au Veillon (anse de la République). De nombreuses découvertes ont en effet été réalisées suite aux fouilles coordonnées par Roger Joussaume, en haut de falaise, sous la dune.
Bibliographie :
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Dernière modification de cette page le 30 octobre 2012 à 14:28. Cette page a été consultée 5 841 fois. À propos de GéoWiki Avertissements |